Aux sources de l’extraordinaire rebond chaux-de-fonnier de la fin des années 40
Pour expliquer l’entrée particulièrement tonique dans l’époque des Trente Glorieuses qu’a connue La Chaux-de-Fonds, trois éléments de contexte doivent être impérativement rappelés : sans leur action – de l’ordre de la continuité pour les deux premiers, et relevant de la rupture pour le troisième –, on ne comprendrait pas ce jaillissement immédiat, sitôt survenue la chute du 3ème Reich.
Une ville ayant vaincu ses handicaps de départ, pour passer de friche à « capitale mondiale de l’horlogerie »
Privée de ressources naturelle, marquée par un climat hostile, la terre chaux-de-fonnière promettait à ses habitants une existence rude et confinée. On peut dès lors considérer comme une véritable opportunité de survie cette pratique qui allait se développer dans les arrières-fermes et consistant à se rabattre, la mauvaise saison venue, sur la production de pièces d’horlogerie. Le format industriel ayant, dès 1850, remplacé ce modèle de l’établissage, la ville était alors appelée à foncer vers son destin de véritable « capitale horlogère », et ce, non seulement à l’échelle suisse mais, bientôt, mondiale, rien de moins !
Une tradition de bâtisseurs forgée sur les terrains de l’urbanisme et de la décoration tout à la fois
La propension des Chaux-de-Fonniers à agir sur leur bâti pour en tirer confort et efficacité ne date pas d’hier. Comme déjà évoqué, l’urbanisme (niveau « macro ») fut ici le premier levier activé, par suite de la renaissance ex nihilo (ou presque) exigée par le terrible incendie de 1794. Au Plan Perret-Gentil, amorçant le principe du damier, allait succéder, en 1835, le fameux Plan Junod, le complétant selon les principes du « Sonnenbau », aujourd’hui consacrés par l’UNESCO. Au niveau « micro », par ailleurs, la ville compte au nombre des capitales de la décoration Art nouveau, portée ici par L’Eplattenier.
La Seconde Guerre : ici plus qu’ailleurs, comme l’occlusion temporaire d’un tuyau d’arrosage !
Il serait faux de faire de la période d’avant-guerre un âge d’or sans nuages : la crise de 29 avait laissé des traces, et les débuts des années 30 resta difficile. Il reste que les choses s’arrangèrent ensuite, de sorte que les usines tournaient à plein quant survint la guerre, mettant un rude coup d’arrêt à l’essor économique que connaissait La Chaux-de-Fonds. Même si un petit volume de production put être conservé durant le conflit, la frustration était le sentiment dominant pendant les six années de guerre. Tout cela explique la soif de redéploiement à l’œuvre une fois la capitulation allemande actée.
Les 4 types de bâtis concernés par cette « soif de construire »
Avec la fin de la guerre, le besoin est à la compenser les frustrations trop longuement imposées par le conflit. C’est ainsi que les années 45-50 sont connue pour une hausse massive des ventes d’automobiles, par exemple. L’horlogerie profitera elle aussi de ce goût pour une certaine frivolité retrouvée. Pour le grand bonheur de La Chaux-de-Fonds, dont les usines engagent à tour de bras !
Du logement, tant collectif qu’individuel
Face aux contingents impressionnants d’Italiens et d’Espagnols ainsi attirés dans nos montagnes, le premier besoin est de construire du logement. Au-delà de la densification de l’existant, de tout nouveaux quartiers sortent alors de terre : ainsi aux Forges, aux Éplatures, aux Crêtets ou au niveau des Tours de l’Est. Des quartiers de villas se développeront aussi dans un second temps.Privée de ressources naturelle, marquée par un climat hos!
Des usines, des bureaux et des commerces
Mais il faut aussi prévoir du bâti à vocation économique. Sont à ranger sous cette catégorie des usines (comme celle de PORTERSCAP ou de CORUM), des ateliers, des entrepôts… On édifie également des bureaux. Enfin, le besoin se fait jour de nouveaux commerces, à même de nourrir et équiper une population qui vient de s’accroître d’un quart en un temps record ! C’est ainsi que sera construit l’UNIP, par exemple, en 54.
De nombreuses écoles, ainsi que l’hôpital
Après que le regroupement familial a été un temps refusé (voir le triste phénomène des « enfants du placard »), la scolarisation apparaît comme une urgence : sont alors construits une série de collèges, d’abord aux Gentianes (58), puis – sur les seules années 67-69 ! – à Bellevue, aux Forges ou encore aux Endroits. L’hôpital est étendu lui aussi (61) en réponse à la nouvelle donne démographique, qui exige une offre de soin en conséquences.
Des lieux de culture, de sport ou de culte, enfin
Mais cette population ne se contente évidemment pas des services les plus basiques : des besoins relevant du bien-être ou de l’émancipation sont aussi à rencontrer. C’est ainsi que surgissent d’importants lieux culturels (Salle de Musique, MIH, Salle du Club 44), des centres sportifs (La Charrière, Les Mélèzes), mais aussi divers lieux de cultes, tant du côté de la communauté catholique, (Église N.-D. de la Paix) qu’au profit des protestants (Temple St-Jean).
1954 : l’année des superlatifs… et des records chiffrés !
Le « Building 54 », véritable point d’attraction avec ses 150 appartements
La Tour de la Gare, plus haut gratte-ciel du pays pendant plusieurs années
La Piscine des Mélèzes, plus haut bassin à ciel ouvert de Suisse
Et « Corbu », dans tout ça ?
Sachant l’extraordinaire rayonnement sur toute l’architecture occidentale qu’eut le natif de La Chaux-de-Fonds (1887-1965) Charles-Édouard JEANNERET (dit « Le CORBUSIER »), on ne peut manquer de s’interroger, au moment de présenter notre objet, sur l’influence exercée par ce dernier à l’échelle du bâti des Trente Glorieuses jalonnant les rues de notre Capitale horlogère.
A y regarder de près, le lien est un rien complexe. Mais il ne fait, au final, aucun doute !
Urbanisme horloger et Art nouveau : pour « Corbu », des contextes d’épanouissement plus que des terrains d’expression
Via les fameux « 5 principes » (et aux côtés d’autres), une refondation de l’architecture mondiale
Entre « Building » et « Numaga », la « Cité radieuse » (1952), source d’inspiration pour nombre de nos architectes
